Tous les jours,
l'amateur de bonsaïs visite chacun de ses arbres. Il touche la terre pour en
évaluer le taux d'humidité, les feuilles pour se convaincre de leur vigueur.
Dès que cela lui semble nécessaire, il arrose, il taille, nourrit ses
bonsaïs. Il lui arrive, quand il est certain d'être seul, de leur adresser un
compliment, une flatterie. Il caresse la courbure d'un tronc. le dos d'une
racine courant sur le sol. Il surveille les jeunes pousses afin de détecter une
éventuelle attaque de parasites...
...Arrive alors le moment où le pot devient trop petit, la terre trop peu
fertile. Le rempotage est un étape importante dans la vie du bonsaï et
s'accomplit comme un rite. Les racines sont taillées, débarrassées des
parties mortes, l'arbre confortablement installé dans son nouveau pot. Il
paraît attendre un mot, une confirmation:
"Oui, il te va bien. Tu es encore plus beau! Mais comment est-ce
possible?"
En échange de cette sollicitude, le bonsaï procure à son jardinier quelques
joies fugitives telles une floraison printanière, une parure automnale
resplendissante ou un splendide spectacle hivernal, quand la rosée dépose ses
gouttes de cristal le long des branches nues. Le bonheur de ces instants est
d'autant plus intense qu'il est éphémère.
Alors?
Alors, il reste le plaisir placide de vivre ensemble, jour après jour une
sorte de bonheur conjugal.
Pierre VERGNES - extrait d'un article paru dans "Métal pensant"
à l'occasion de l'édition d'une médaille BONSAÏ par la Monnaie de Paris.