Un soir, quand le chant
des oiseaux a cédé la place au cri des grenouilles et que la brume cerne la
cime des montagnes proches, un vieux maître dit à son disciple:
"Cette nuit, tu resteras avec moi. Le vieux pin de notre pépinière va
mourir, et nous le veillerons."
Puis, il s'éloigne, les épaules chargées de chagrin, sous l'œil perplexe
de son élève. La nuit venue, une natte est étendue sur le sol à côté du vieil
arbre, et le maître prend la position du lotus. Gêné, le disciple l'imite et,
s'éclaircissant la gorge, se demande pourquoi il ressent tant d'émotion.
"Quel vieux fou!" pense-t-il. Les deux hommes n'échangent pas un
mot. Le silence n'est plus troublé que par le cri-cri d'un grillon. Le temps
passe lentement et l'élève, à plusieurs reprises, sent le sommeil le gagner.
Enfin, le maître se lève avec difficulté et dit, la voix cassée:
"Il est mort... Tu peux rentrer maintenant."
Le lendemain, le pin semblait se porter aussi bien qu'à l'ordinaire. Mais
finalement, malgré les soins attentifs apportés par tous les jardiniers de la
ferme, il ne donna plus aucun signe de vitalité. Ses aiguilles finirent par
jaunir et sécher. L'arbre était bien mort.
Pierre VERGNES - extrait d'un article paru dans "Métal pensant"
à l'occasion de l'édition d'une médaille BONSAÏ par la Monnaie de Paris.
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